Ce matin, nous étions devant la Commission des pétitions

Ce matin, nous étions devant la Commission des pétitions

25.06.2026

Voici le texte que nous avons lu devant le Grand Conseil vaudois — et notre demande concrète au canton.

Ce matin, 25 juin 2026, nous avons été reçus par la Commission des pétitions du Grand Conseil vaudois. Huit minutes pour présenter notre démarche, puis une quinzaine de minutes de questions. Voici le texte qui a été lu.

Mesdames et Messieurs les membres de la commission, merci de nous recevoir.

Permettez-moi de vous présenter notre délégation. Je suis Stéphane Wyss, papa de trois enfants en âge scolaire, initiateur de la pétition et coordinateur du mouvement ecole-sereine.ch. À mes côtés : la Dre Anne-Emmanuelle Ambresin, médecin cheffe au CHUV et directrice de la Division interdisciplinaire de santé des adolescents ; Anne Jeger, psychologue clinicienne FSP et vice-directrice de l'association VIA qui lutte contre le harcèlement scolaire; et Priscille Michel, enseignante en activité à Bellevaux en 7-8P, cheffe de file de français et responsable d’un projet pilote en littératie pour les élèves en difficultés.

Je les ai invitées parce que leurs champs d'expertise, la médecine et la recherche, l'expertise clinique sur la souffrance scolaire, l’angle des parents et le concret de la classe permettent de révéler ce qui échappe aux chiffres officiels de la DGEO. Comme vous l’aurez constaté, chacun de nous est en contact direct avec le terrain.

Comment en sommes-nous arrivés là aujourd’hui?

En 2025, ma fille de 9 ans souffrait à l'école. Nous avons mobilisé toutes les ressources à notre disposition pour l’aider, mais le 3 décembre 2025, j'ai dû me rendre à l'évidence : les enseignants, le doyen, la direction — tous de bonne volonté — ne pouvaient plus rien faire pour elle. Non par manque d'effort, mais parce que le système avait atteint ses limites.

Ce jour-là, j'ai écrit à la DGEO pour demander de l’aide. Et j'ai lancé une pétition — pas pour me plaindre, mais pour vérifier une hypothèse : est-ce que d'autres familles vivaient la même chose ?

Je m'attendais à quelques dizaines de signatures. Sans démarchage, en quelques semaines, des centaines de signatures et de témoignages nous sont parvenus. Aujourd’hui nous avons 2211 signatures et plus de 590 témoignages — de parents, d'enseignants, de professionnels de la santé, d'horizons divers. Le constat est partagé : l'école publique est un système à bout de souffle qui épuise aussi bien les élèves et leurs familles que son propre personnel.

La DGEO nous a contactés, elle voulait rencontrer les initiants de la pétition. Et ce qu'elle nous a dit début janvier était clair : sans mandat politique, sa marge d'action restait limitée. C'est ce jour-là que nous avons compris que c’est ce levier qu’il nous fallait activer — et c’est pourquoi nous vous rencontrons aujourd'hui.

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Nous arrivons devant vous à un moment particulier. Le 1er juin, le Conseiller d'État Frédéric Borloz et la DGEO ont annoncé un plan : intégrer les troubles du comportement, déployer des espaces ressources, former les enseignants. Nous saluons ce pas, car il valide ce que nos témoignages décrivent depuis des mois: l'État reconnaît qu‘il y a besoin de réagir à une situation de tension. La question est maintenant de savoir si ce plan répond au besoin, s‘il va assez vite, et s'il investit les moyens appropriés au bon endroit. 

Et si les situations créées par des “troubles du comportement” n’étaient que les signes visibles d’un malaise plus large?

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Vous connaissez le constat de la DGEO : 90% de satisfaction des élèves lors du sondage sur le climat scolaire. Nous l'acceptons : c'est une photo nette, établie en bonne foi. Mais le message de chaque photo dépend de son cadrage spécifique. Le sondage de la DGEO se focalisait sur la perception de l'élève dans la situation scolaire uniquement ; il ne mesurait pas ce qui se passe autour.

Élargissons donc le cadrage. Derrière l'élève, il y a l'enfant : 

  • celui qui a arrêté son hobby à contrecoeur — parce que rentrer tard la veille rendait les matins impossibles pour un enfant qui redoute sa classe ; 
  • Ou celui dont le médecin finit par dire : « votre enfant réagit à l'ambiance de classe » — c'est-à-dire à la tension constante d'une classe où deux ou trois élèves en grande difficulté captent toute l'attention et créent une instabilité que les autres absorbent, impuissants. Les données suisses le confirment — l'étude HBSC montre que la pression scolaire augmente avec l'âge et que le sentiment d'être soutenu par ses enseignants diminue ; la Dre Ambresin pourra répondre à vos éventuelles questions à la fin.

Derrière l'enseignant, il y a l'adulte — celui qui rentre chez lui le soir épuisé, qui n’arrive plus à décrocher, dont les proches (y compris ses enfants!) absorbent le contrecoup. Et quand la charge devient trop lourde, il démissionne (les départs d'enseignants de moins de 55 ans ont augmenté de 15 à 20% en quelques années) ou alors il tombe malade (43 % des enseignants romands seraient en situation de burn-out, étude de l'Institut universitaire romand de Santé au Travail (IST), 2017). Si le canton perd ses enseignants deux fois plus vite que par le passé, il doit en former deux fois plus. Ce n'est pas une question pédagogique, mais de durabilité du service public et de retour sur investissement dans la formation HEP. 

Et derrière le « parent d'élève », il y a la maman qui gère les angoisses du dimanche soir, qui se tourne vers un psychologue et le papa qui finit par réduire son temps de travail afin de pouvoir faire face et soutenir son enfant.

Et même si l'on reste sur la photo en cadrage serré du sondage : 10% des élèves qui ne vont pas bien au point de mobiliser des adultes-ressources, ce ne sont pas des cas isolés. Derrière chaque élève en crise, il y a une classe qui en ressent les effets, des camarades, des enseignants, des parents, des frères et sœurs. À l'échelle du canton, cela impacte des dizaines de milliers de personnes, jour après jour, semaine après semaine.Notre responsabilité est double : envers les élèves qui souffrent — et aussi envers ceux qui vont bien, mais qui absorbent chaque jour les conséquences d'un système saturé.

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Je me permets une comparaison: il y a dix ans, un retard de cinq minutes sur le réseau CFF se rattrapait vite et sans faire beaucoup de vagues. Aujourd'hui, le même retard provoque des problèmes en cascades qui durent des heures — non pas parce que le réseau est mal géré, mais parce qu'il est si près de sa capacité maximale qu'il n'arrive plus à absorber les chocs. C'est semblable à ce que nous observons à l'école : la résilience s'érode. Un enseignant en arrêt, une classe qui bascule, un enfant en crise ont aujourd'hui des conséquences bien plus profondes qu'il y a dix ans. Ce n'est pas de la mauvaise volonté. C'est le comportement typique d‘un système proche de son point de saturation.

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L’approche annoncée le 1er juin par le Conseil d’État part de l’hypothèse qu’il y a un problème et donc une solution. Mais le système de l’enseignement est multifactoriel, il y a beaucoup d’acteurs et de dépendances entre eux. Des mesures ciblées peuvent avoir un impact limité dans un système aussi complexe.

Notre hypothèse est que l’école vaudoise est un ensemble dynamique et complexe ; pour atténuer les tensions d’un tel système, l’approche doit être graduelle, en testant des mesures et en mesurant continuellement leur impact. Des expériences allant dans ce sens ont déjà été faites dans le canton : à Pierrefleur, à Lausanne, les ateliers Arc-en-Ciel et le Groupe Enjeu accompagnent les élèves depuis dix-sept ans, le co-enseignement, le MATAS (module d'activité temporaire et alternative à la scolarité), la méthode de lecture DIJI (approche pédagogique qui utilise le jeu et des repères visuels pour faciliter l'apprentissage de la lecture), l'école en extérieur. 

Ces approches ont localement l’impact désiré, mais elles restent des îlots : peu évaluées à l'échelle du canton, peu diffusées, pas financées durablement.

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Ce que nous attendons de la part du Grand Conseil, c’est  la création d'une cellule de suivi et d'expérimentation. Un groupe avec un mandat précis et d’une durée limitée, qui définit au départ des indicateurs concrets permettant de mesurer la tension ainsi que les effets des mesures mises en place afin de les ajuster. C'est précisément ce qui manque au plan du 1er juin : un lieu qui vérifie, chiffres à l'appui, si la tension diminue réellement — et qui permet de monitorer ces tensions en continu plutôt que d'attendre 2028 ou 2029 pour constater que la situation s’est empirée.

Pour que cette approche soit pertinente, la table doit être large : nous suggérons d’y inclure des enseignants actifs, des parents, des professionnels de la santé, des formateurs, des élus. Leurs qualités principales: être des acteurs proches du terrain et vouloir contribuer à une école plus sereine ensemble. 

Comme une grande partie de la population du canton, nous constatons que le système actuel se tend et atteint ses limites. Face à cette souffrance, le mouvement ecole-sereine.ch est prêt à prendre ses responsabilités et à contribuer à ce groupe de travail.

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Concrètement, nous vous demandons, Mesdames et Messieurs les membres de la commission, de recommander au Grand Conseil de transmettre cette pétition au Conseil d'État — en lui proposant de créer une cellule de suivi qui évalue périodiquement la tension dans l'école, teste des mesures concrètes et les ajuste au besoin. Notre appel, c'est que le terrain, la science et l'institution unissent leurs efforts pour rétablir la sérénité dans nos écoles. Les enfants, les enseignantes et enseignants, les personnes qui les encadrent et les parents vous en remercient d’avance.

Merci pour votre attention.

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La commission délibère maintenant de son côté. Nous attendons sa décision. En attendant, la pétition reste ouverte — chaque signature compte.

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